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Deux notes aiguës !

  • Saci Pererê
  • il y a 4 jours
  • 3 min de lecture

  

« Il n'y a pas de son sans pause. Le tympan se contracterait violemment. Le son est présence et absence, et, aussi subtil que cela puisse paraître, il est imprégné de silence. »

José Miguel Wisnik

 

Cette alternance, si bien décrite par Wisnik comme étant à l'origine même du son, apporte à notre époque actuelle exacerbée un avertissement important, lui aussi intimement lié à l'origine même de l'humanité.

Dès les premiers instants de la vie, celle qui remplit le rôle maternel porte son bébé et lui parle, dans une proto-conversation empreinte de regards, de gestes, de signes et de sons.

C’est précisément dans les pauses et les interludes de sa parole, dans les alternances produites entre le son et le silence, accompagnées de son regard attentif et aimant, que la mère invite et encourage son enfant à produire ses premiers sons.

Puis s'engage une conversation, où l'un parle et donne la parole à l'autre, révélant, dans ces pauses, l'attente ardente qui regarde et captive le bébé, notamment à travers les éléments d'intonation et de rythme qui constituent la prosodie de la voix maternelle et qui seront responsables de la formation du cadre nécessaire à l'avènement de la parole.

Dès les premiers instants de la vie, la pause délimite et permet donc l’avènement de la fonction organisatrice de la parole, par l’alternance.

Présence/absence. C’est le vide suspendu des intervalles créés par l’autre qui permet à chacun de parler de soi avec ses propres mots : une fonction unique et structurante pour l’avènement du sujet humain, dit être un être parlant.

Comment ne pas préserver cette fonction fondamentale aux étapes ultérieures de la vie humaine ? L’enfant sage la préserve, par exemple, en jouant avec ses camarades, lorsqu’il dit : « Trop fort ! » Il est temps de faire une pause, de réorganiser le jeu et de recommencer. Une pause pour la réflexion qui ouvre la voie à la communication, à l’expression d’un malaise, à l’invention de nouvelles façons de jouer.

Dans le monde contemporain, nous semblons jouer à un jeu d'opposés, et notre existence semble dépendre des tâches incessantes que nous nous imposons sans répit, sans pause. Nous exigeons de nous-mêmes et des autres des réponses immédiates pour combler le vide. Nous le comblons par des tâches, des objets, des mots, sans réfléchir.

Mais réfléchissons : si ce vide créé par les pauses, par cet intervalle qui nous permet de faire quelque chose qui nous parle, est justifié, demandons-nous : de qui parlons-nous lorsque nous le comblons immédiatement et constamment ? Sans la pause qui invite à la réflexion, à une réévaluation de notre position et de nos façons de faire, que devenons-nous ? Qu'est-ce qui nous unit ? Que transmettons-nous à nos enfants ?

Dans nos bureaux, nous constatons quotidiennement les souffrances que ce mode de vie engendre chez les jeunes enfants, même pour les fonctions les plus élémentaires : des enfants qui refusent de manger (mais après tout, qui s'arrêtera pour les nourrir, dans ce jeu de présence/absence qui les inciterait à manger ?). Des enfants qui ne contrôlent pas leurs sphincters, même à un âge avancé, entre six et huit ans (mais comment leur faire interrompre leurs activités ludiques, pour lesquelles ils ont si peu de temps dans leur emploi du temps chargé ? Ou encore, comment leur faire interrompre leurs tâches incessantes ?).

Et les symptômes se chevauchent : difficultés de concentration, troubles d’apprentissage, distractibilité, retard d’acquisition du langage, bégaiement. Ils veulent tout, et plus encore : de la présence, toujours plus de présence. Des tâches qui les transforment en êtres déshumanisés, robotisés, presque des automates. Des Pinocchios à l’envers, de vrais garçons métamorphosés en marionnettes de bois, de pierre ou de clavier…

Deux moments forts ! On recommence ?

 

Cet article a été publié dans le magazine M Mag.

 
 
 

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